Une campagne ordinaire

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Chapitre 2 – Le visage du renouveau

Forbach avait ce silence étrange des villes qu’on croit oubliées. Le vent remontait la rue de la Gare. Louise avait rendez-vous dans un café discret, à quelques pas de la mairie. Elle avait entendu parler de lui : un collaborateur parlementaire, engagé, local. Jeune, mais lucide.

Il s’appelait Mathieu Ber. Il avait choisi de rester.

— Mathieu, tu fais partie de cette jeunesse engagée. Pourquoi avoir choisi de rester à Forbach, alors que beaucoup partent sans se retourner ?

Il ne fronça même pas les sourcils. Il répondit comme s’il portait cette question depuis longtemps.

— Je comprends ceux qui partent, que ce soit par choix ou par nécessité, mais pour ma part, j’ai décidé de rester.
Nous avons tendance, par le biais des médias, à entendre parler uniquement des grandes décisions prises à l’échelle nationale ou européenne. Or, tout ce qui est décidé en haut se répercute directement dans des villes comme Forbach, là où les réalités sont parfois dures.
Si l’on souhaite aspirer à des responsabilités plus larges, il me semble essentiel de commencer par comprendre ce que vivent réellement les Français. Et cela passe par une présence sur le terrain et une proximité sincère.
C’est là que commence l’engagement public, dans le concret, dans la vie des gens et dans la réalité locale.

Louise prit des notes. Loin des slogans, ce garçon parlait de terrain. De devoir. D’incarnation.

— En tant que collaborateur parlementaire, tu vois les choses d’en haut. Qu’est-ce que ça t’apprend sur les réalités de terrain, ici, dans cette ville ?

Il leva les yeux vers elle, calmement.

— Je ne dirai pas que je vois les choses « d’en haut » au contraire, en tant que collaborateur de circonscription, je suis constamment plongé dans l’actualité politique locale.
Et bien que déjà conscient, ce travail m’ouvre les yeux sur l’absurdité bureaucratique, et sur l’écart qu’il peut y avoir entre les discours nationaux et la réalité de terrain.
C’est justement ici, dans notre circonscription que ces décalages se traduisent par la désertification médicale, la hausse de l’insécurité, ou encore le manque d’emploi…

Elle sentit poindre une forme de détermination . Le regard de ceux qui ont compris que les institutions oublient parfois jusqu’à leur raison d’être.

— Tu fais partie de ceux qui veulent reconstruire. Mais face à l’abstention, au désintérêt, à la fatigue démocratique, comment tu recrées du lien ?

Il ne se déroba pas. Pas même à cette question.

— Je ne crois pas que le peuple soit vraiment désintéressé.
Au contraire, on voit aujourd’hui se lever une vague de Français patriotes, dont je fais partie, qui revendiquent un attachement fort à leur pays, à leur territoire.
Les scores du RN en Moselle, notamment à Forbach, en sont un témoignage clair.
Cela dit, je constate aussi que notre système démocratique montre des signes de fatigue, qu’il peine parfois à répondre aux attentes et finit par générer de l’incertitude, voire du découragement.
Mais malgré tout, je garde espoir. Je crois profondément que c’est en renouant le dialogue, en étant sincèrement à l’écoute, que nous pourrons recréer du lien et redonner confiance aux citoyens.

Louise gribouilla quelques mots dans la marge. Espoir. Dialogue. Elle pensait déjà au titre de l’article.

— Forbach a une mémoire ouvrière, industrielle, politique. Elle a tout connu. Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui de cette identité collective ?

Un léger soupir. Le poids de l’histoire.

— Forbach porte une mémoire forte, celle du monde ouvrier et industriel.
Cette histoire, marquée par les mines et les hauts-fourneaux, a forgé une identité collective profondément ancrée dans le passé, souvent nostalgique d’une époque révolue.
Moi, je préfère l’action. On ne bâtira rien sans respecter notre héritage, mais on n’avancera pas non plus si l’on reste inutilement attaché à ce passé.
En bref, de cette époque, il ne reste que des vestiges. C’est aux générations futures dont je fais partie de rebâtir, d’améliorer, et de faire renaître un nouveau souffle.

Louise leva les yeux. Elle savait déjà que cette interview serait précieuse. Pas pour ce qu’elle révélait — mais pour ce qu’elle annonçait.

Alors, elle posa la dernière question.

— Toi, personnellement : c’est la loyauté ou l’ambition qui te guide ?

Il esquissa un sourire, presque grave.

— Sans doute un peu des deux.
L’ambition parce que je suis jeune, que je veux être utile, que j’ai envie de porter des idées fortes et de contribuer à changer les choses.
Mais la loyauté est tout aussi essentielle pour moi. Que ce soit envers ceux qui m’ont fait confiance, envers mon territoire, et surtout envers mes convictions.
L’un sans l’autre n’aurait pas de sens ; l’ambition sans loyauté mène à l’opportunisme. Et la loyauté sans ambition risque de tourner à l’immobilisme.
Moi, je veux avancer sans jamais oublier d’où je viens ni pourquoi je m’engage.

Louise coupa son enregistreur. Le silence du café reprit ses droits. Elle sentit poindre en elle une détermination nouvelle : Forbach avait ses témoins, ses combattants. Et dans l’ombre de cette ville fatiguée, elle entrevoyait déjà la possibilité d’un souffle nouveau.

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