Argentine : Javier Milei, le choc libéral d’un peuple épuisé

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Six mois après son arrivée au pouvoir, Javier Milei a bouleversé tous les repères politiques d’un pays rongé par l’inflation, la dette et la défiance. Économiste iconoclaste et figure du libertarianisme, le président argentin mène une politique de rupture totale avec l’État-providence, au nom d’un capitalisme radical. Entre espoirs de redressement et peurs de déclassement, l’Argentine est devenue le laboratoire le plus explosif d’Amérique latine.

Par la rédaction de Soleil Levant

Une victoire électorale contre le système

Lorsque Javier Milei remporte la présidentielle en novembre 2024, c’est un séisme. Face à la droite traditionnelle et au péronisme, il incarne une colère brute. Antisystème, provocateur, surnommant l’État « la mafia », il conquiert les urnes avec une promesse claire : réduire l’État à sa plus simple expression.

Sa victoire repose sur un rejet massif du système : une inflation record à 143 %, une pauvreté officielle à 40 %, une classe politique discréditée. Milei s’impose comme un bulldozer face à une élite usée, porté par les jeunes urbains, les classes moyennes fragilisées, et des quartiers populaires excédés.

Thérapie de choc : un État mis à la diète

Dès son investiture, Milei annonce : « Il n’y a pas d’argent. » Gel des salaires publics, suppression de 10 ministères, dérégulation des prix, privatisations massives. La monnaie argentine s’effondre, mais les dépenses publiques chutent de 30 %. Objectif : réduire la dette, restaurer la confiance, attirer les capitaux étrangers.

Le FMI applaudit. Les marchés aussi. En avril 2025, l’Argentine enregistre son premier excédent budgétaire mensuel depuis plus de dix ans. Mais la rue gronde. La pauvreté grimpe à 52 %. Les syndicats se mobilisent. La faim revient dans les quartiers populaires. Les classes moyennes s’effondrent.

Milei persiste. Il compare son action à celle d’un chirurgien :

Un choc culturel autant qu’économique

Le président ne réforme pas. Il détruit. Il refuse les compromis. Il rejette le consensus. Il veut « purger l’Argentine des parasites collectivistes ». Ses discours mêlent Hayek, Jésus-Christ et anarcho-capitalisme. Il choque. Il galvanise. Il divise.

Les anciens leaders, tant péronistes que conservateurs, ne savent plus comment réagir. Les médias traditionnels perdent pied. Les réseaux sociaux deviennent l’arène centrale. Milei y règne en maître : insultes, provocations, décisions transformées en bras de fer idéologique.

Une politique étrangère réalignée

Fini l’alliance bolivarienne. Milei rompt avec le Brésil de Lula, dénonce la Chine communiste, se rapproche de Washington et d’Israël. Il propose même l’adhésion à l’OTAN en tant que partenaire global. Un virage à 180 ° pour un pays historiquement non-aligné.

En Amérique du Sud, il devient un électron libre. Isolé diplomatiquement, mais adulé par une nouvelle droite continentale, qui voit en lui la rupture radicale avec le socialisme latino-américain.

Un pays suspendu entre miracle et chaos

L’Argentine de Milei, c’est une guerre ouverte entre deux visions du monde : l’État protecteur et redistributif contre le marché roi, l’individu souverain et la nation libre… mais inégale.

Personne ne sait si la greffe tiendra. Si le peuple supportera la douleur. Si le capital reviendra. Mais une chose est certaine : plus rien ne sera comme avant.

Un avertissement pour les démocraties occidentales

Milei montre qu’un homme seul, armé d’une idéologie claire, peut prendre le pouvoir sans machine politique. Il incarne une réponse brutale à l’épuisement démocratique. Il offre un modèle radical, sans concessions, dans une époque où la modération semble impuissante.

Pour la droite européenne et américaine, l’expérience argentine est un laboratoire. Et un miroir.

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